Emilie Daran: « Nous avons construit des ponts entre la France et Haïti ! »
- Ecole MARIANISTE
- 20 juil.
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 24 juil.
Chaque année, les élèves de CM2 d'une classe de l'école primaire de Sainte-Marie Grand Lebrun, établissement marianiste, organisent une course solidaire au profit de leurs camarades de l'école de Pilette, un établissement animé par des membres des communautés laïques marianistes en Haïti et soutenu par la Fondation Marianiste. Depuis trois ans, un échange épistolaire a même vu le jour entre les élèves français et haïtiens. Emilie Daran revient sur cette aventure humaine et pédagogique, qui a permis de récolter plus de 530 euros pour le projet haïtien !

3 QUESTIONS À
Émilie DARAN
Enseignante en CM2 à l'Institution Sainte-Marie Grand Lebrun (Bordeaux)
Comment est née cette initiative entre votre classe et l'école de Pilette ?
Emilie Daran : C'est une histoire qui dure depuis quatre ans. Tout est parti d'une rencontre avec Vincent Clasquin, membre des fraternités marianistes, qui connaissait bien l'école de Pilette. En discutant de mes projets pédagogiques, nous avons imaginé un lien entre nos deux écoles, toutes deux marianistes, autour de valeurs communes.
Depuis, le projet n'a cessé d'évoluer. Nous avons d'abord réalisé des vidéos pour travailler l'oral, puis mis en place une correspondance par lettres, ce qui permet de travailler autrement l'expression écrite. Cette année, dans le cadre du thème de "L'arbre" choisi par notre établissement, nous avons fait des « arbres à souhaits » : chacun de mes trente-et-un élèves a écrit un ou plusieurs souhaits pour Pilette, sur des étiquettes colorées que nous avons scannées et envoyées en Haïti. Sur place, les enfants ont pu les découper et les suspendre à un arbre de chez eux. Nous avons reçu une réponse quelques semaines plus tard.
Au-delà des apprentissages, nous avons surtout créé des ponts entre la France et Haïti !
« NOUS AVONS IMAGINÉ UN LIEN ENTRE NOS DEUX ÉCOLES, TOUTES DEUX MARIANISTES, AUTOUR DE VALEURS COMMUNES. »
Pourquoi vos élèves s'investissent-ils autant dans ce projet ?
Tout commence par la découverte d'Haïti. Avant d'écrire, ils doivent comprendre le contexte du pays, son histoire, ses difficultés, mais aussi le fait que les élèves de Pilette parlent eux aussi le français. Nous regardons des vidéos, nous écoutons des messages vocaux envoyés par Wesly, notre interlocuteur sur place, et peu à peu, ils prennent conscience que leur quotidien est très différent de celui de leurs correspondants.
Ensuite vient la course solidaire, organisée chaque année. Les élèves savent que chaque tour parcouru permettra de récolter davantage de fonds pour l'école haïtienne. C'est une motivation extraordinaire : ils se dépassent comme rarement. Cette année, en moyenne, les élèves de ma classe ont amélioré leurs performances de près de 60 % par rapport au début du cycle. Même fatigués, ils veulent continuer, parce qu'ils savent pourquoi ils courent !
Le fait que cette solidarité s'adresse directement à d'autres enfants donne énormément de sens à leur engagement.
« LES ÉLÈVES SAVENT QUE CHAQUE TOUR PARCOURU PERMETTRA DE RÉCOLTER DAVANTAGE DE FONDS POUR L'ÉCOLE HAÏTIENNE. C'EST UNE MOTIVATION EXTRAORDINAIRE : ILS SE DÉPASSENT COMME RAREMENT. »

Qu'est-ce que ce projet vous apporte, en tant qu'enseignante ?
Ce projet permet de donner du sens aux apprentissages, mais surtout de travailler l'ouverture aux autres. À Grand Lebrun, ils évoluent dans un environnement privilégié ; découvrir la réalité d'Haïti leur fait prendre conscience que tous les enfants ne grandissent pas dans les mêmes conditions.
La dimension marianiste est également assez importante. Depuis la maternelle, ils vivent des célébrations (les figures du Père Chaminade et de Mère Adèle, fondateurs de la Famille Marianiste, ont leur statue dans l'enceinte de notre établissement), des temps de partage, et sont sensibilisés aux valeurs de solidarité. Ce projet leur permet de les vivre concrètement.
Ce qui me touche le plus, c'est que plusieurs années après, d'anciens élèves, désormais en 6ème ou même en 3ème me croisent encore sur la piste d'athlétisme et me lancent : « Oh Madame, vous courez toujours pour Haïti avec vos élèves ? On s'en souvient, c'était trop bien ! » Cette expérience les a réellement marqués.
S'il fallait résumer cette aventure en quelques mots, je dirais engagement, parce qu'ils se mobilisent dans tous les domaines, et partage, celui de valeurs et de cultures différentes. Ce que nous faisons est modeste, mais peu importe : cela me fait penser à la légende du colibri, qui fait des allers-retours avec une goutte d'eau pour éteindre un incendie de forêt. Quand les autres animaux se moquent de lui, il répond simplement : « Je fais ma part ! ». Nous aussi, nous faisons la nôtre !
Propos recueillis par Pierre Marot










Commentaires